Les voies de Dieu surpassent toute intelligence – Mary Hertel

“Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres.” (Jean 8:36)

Le jour où j’ai prononcé mes vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance dans un ordre religieux diocésain, je ne faisais que suivre le chemin auquel mon enfance m’avait préparée. Issue d’une famille très catholique, après seize ans de scolarité dans des institutions catholiques et six ans de formation à la vie conventuelle, j’avais un grand désir de servir Dieu dans l’enseignement. Je n’ai pas perdu ce désir lorsqu’en 1969, j’ai quitté le couvent. Deux ans plus tard, j’ai épousé un homme dont les antécédents ressemblaient beaucoup aux miens: après quatre ans de séminaire, il s’était également consacré à l’enseignement. Malgré mon passé, les plans insondables de Dieu m’ont transportée sur un chemin nouveau et m’ont conduite vers la Vérité, en la Personne de son Fils Jésus-Christ.

Mes années d’enfance

Oui, les voies de Dieu dépassent ma compréhension, mais je discerne clairement sa grâce quand aujourd’hui, à cinquante ans, je me remémore mon passé. J’étais la troisième de quatre enfants; notre environnement familial était relativement stable quoique mon père fût alcoolique. Ma mère se faisait constamment du souci, à cause de notre situation financière et de l’état de mon père, qui menait de front deux ou trois métiers. Notre vie quotidienne était remplie de rituels comme la messe, la communion, le chapelet, les neuvaines et certaines dévotions particulières à Marie, au Sacré-Cœur, à l’Enfant Jésus de Prague, à Saint Joseph, à Saint Antoine, et à Saint Christophe, pour n’en citer que quelques-uns. Quand nous avions l’honneur d’accueillir chez nous la statue de Marie (elle passait de maison en maison dans notre paroisse) nous redoublions de ferveur en récitant chaque jour, à genoux, le chapelet et d’autres prières. Ma mère prenait très au sérieux les règlements de l’Eglise. Nous observions le jeûne pendant l’Avent et le Carême, et ne mangions jamais de viande le vendredi. En période de jeûne, bacon et jus de viande étaient bannis de notre table. Pour abréger le temps de purgatoire des personnes décédées, nous nous procurions des indulgences et donnions de l’argent pour faire dire des messes. L’atmosphère chez nous était pesante, c’est vrai, mais notre vie était régulière: pour nous, le mariage était un engagement à vie, nous étions assidus à l’église, et nous n’avions d’amis et de connaissances qu’en milieu catholique. Nous ne voyions que rarement les quelques parents éloignés qui violaient ces schémas; nous ne parlions presque jamais d’eux, et nous n’assistions pas à leurs cérémonies de mariage.

La vie religieuse

Avant d’avoir vingt ans, jamais je n’avais mis les pieds dans une église non catholique. Nous tenions en haute estime les religieux et les prêtres, car ils passaient pour être plus saints et plus sages que les laïcs. Un de mes cousins, Vin, est entré chez les Maristes à quinze ans: nous trouvions que c’était là une vocation supérieure au mariage, auquel nous étions pourtant fortement attachés. La sœur cadette de Vin est également entrée au couvent; deux ans plus tard, j’ai pris la même décision, à la grande joie de ma famille. J’avais fait toute ma scolarité primaire et secondaire dans des établissements tenus par l’ordre diocésain des “Sœurs de Saint-Joseph”. Il me permettrait de réaliser mon rêve: recevoir une formation universitaire, puis entrer dans l’enseignement.

Ma mère surtout soutenait ma décision d’entrer en religion. Il y allait de la fierté et de l’honneur de la famille. A l’époque où je suis entrée au couvent, la règle stipulait que plus jamais je ne retournerais dans la maison familiale. Pendant mon postulat, toutes les lettres échangées avec ma famille étaient lues; les premières années de formation étaient soumises à des règles très strictes. Au bout de la première année, il y a eu une cérémonie de mariage, après laquelle on m’a coupé les cheveux, puis j’ai revêtu l’habit si contraignant de mon ordre. Désormais j’étais novice et je m’appelais Sœur Mary Dolora. Pendant un an, j’ai interrompu mes études universitaires pour suivre une formation sérieuse.

Au cours de cette année-là, j’ai subi l’endoctrinement qui façonne “selon la règle” les pensées, les paroles, et les actions d’une religieuse professe. J’ai appris à garder le silence, à ne parler qu’à certaines personnes et à certains moments. Quand on m’a refusé la permission d’assister au mariage de ma sœur Carole, j’ai cependant commencé à me demander pourquoi on imposait de telles restrictions. Pour apprendre l’obéissance, nous étions obligées de nous agenouiller pour demander une pénitence si jamais nous avions enfreint un règlement. Une fois, j’ai vraiment eu à lutter quand on m’a imposé cet acte humiliant pour avoir, pendant mon service à l’infirmerie, adressé la parole à une religieuse âgée qui souffrait de la solitude.

Vers la fin de ma troisième année, l’Eglise catholique a commencé à subir de grands changements qui ont eu quelques retombées sur notre petit ordre diocésain. Ma classe d’âge aurait normalement dû commencer, un an plus tard, à pratiquer l’auto flagellation (pour parvenir à une spiritualité plus haute, à ce qu’on disait) mais cette pratique a été abolie. Pendant la deuxième année de mon noviciat, chose étonnante, on a demandé à ma classe de concevoir un habit bien moins contraignant. Toutes les supérieures se sont réunies afin de réexaminer les règlements. Peu après, on a levé cette interdiction que nous détestions, celle d’aller rendre visite à notre famille.

Les changements arbitraires

Tous ces changements m’incitaient à me poser des questions sur le caractère arbitraire de notre règle. Ces règles qui passaient pour être absolument essentielles hier, pourquoi les abandonnait-on aujourd’hui? A cause d’abus commis au cours de la période de changement, on a rétabli certaines mesures disciplinaires. Des sœurs plus âgées, en position d’autorité, ont dû faire face à de graves problèmes. Par exemple, pendant la première année où j’ai enseigné dans une école paroissiale, on a eu vent, dans notre maison mère, de “rencontres amicales” entre prêtres et religieuses; on y dansait et on s’y livrait à des frivolités diverses. Notre couvent a eu droit à des remontrances et a été placé sous surveillance.

D’autre part, on m’a retiré la permission de rendre visite à une merveilleuse famille dans cette paroisse. Je ne comprenais pas, car la mère de famille était une ancienne voisine de mes parents, et son mari George, atteint de sclérose en plaques, était entièrement paralysé. Je partageais bien des aspects de leur vie et de celle de leurs trois enfants; le les écoutais surtout, prenant part à leurs joies et à leurs peines. Cette famille rendait un témoignage d’amour impressionnant. L’interdiction d’aller les voir n’avait aucun sens. Puis un de mes élèves du cours moyen, Jeff, s’est gravement blessé à la tête et a dû faire un long séjour à l’hôpital: pour que je puisse aller lui donner des leçons, sa mère a dû supplier mes supérieures d’accorder leur permission. Jamais on ne nous a expliqué pourquoi la règle changeait aussi arbitrairement; on avait seulement peur de nous voir commettre des infractions graves. Par la grâce de Dieu, les épisodes concernant George et Jeff m’ont éclairée et m’ont permis d’avancer spirituellement. Censés conduire à la sainteté par une action sur notre comportement extérieur, ces règlements s’avéraient bien insuffisants face aux problèmes de la vraie vie.

Une période de congé

En 1969, vers la fin de ma première année d’enseignement dans une école paroissiale, j’ai sérieusement envisagé de demander un congé et d’interrompre momentanément mon existence de religieuse. Précédemment, quitter le couvent après avoir prononcé ses vœux aurait été synonyme d’échec ou de disgrâce, mais maintenant il n’était pas interdit de s’éloigner pendant un an pour évaluer sa vocation. Je n’étais pas la seule à avoir cette idée, mais j’ai été la première de ma classe d’âge à demander un entretien à ce sujet avec la Mère Supérieure.

Ma famille fut déçue, je le sais; mais son approbation n’était pas ma préoccupation première. J’avais décidé de quitter pour un temps le milieu clos du couvent pour aller dans un lieu favorable à la recherche personnelle. Nous étions en juin 1969. Je possédais en tout et pour tout les vêtements que j’avais sur le dos, et quelques maigres économies épargnées grâce à des “petits boulots” datant du temps où j’étais lycéenne; mes parents avaient conservé cette somme pour moi. Après avoir passé quinze jours dans ma famille, j’ai commencé, en même temps qu’une autre sœur de mon couvent, à suivre des cours à l’Université d’Etat de l’Ohio. Ensuite j’ai obtenu un poste dans l’enseignement à Chicago. Je logeais dans un grand foyer du centre ville avec Margaret Ellen Traxler: elle aussi était religieuse, et elle militait dans le mouvement des droits civiques qui luttait pour l’égalité raciale. Je partageais une chambre avec une sœur de mon propre couvent. Nous cohabitions avec d’autres religieuses qui œuvraient avec Margaret Ellen. Sortant de ce milieu si protégé qu’est le couvent, pendant l’été de 1969 et l’année qui a suivi, j’ai vu de près tous les événements typiques de la fin des années soixante: les manifestations contre la guerre au Viêt-nam, les tensions raciales, l’alcool, la drogue, la sexualité débridée, les horaires extravagants, les discussions sur les philosophies mystiques orientales, tout cela au sein d’une gigantesque ville en ébullition. J’ai été protégée, spirituellement et physiquement, par les principes reçus de ma famille et avant tout par la grâce de Dieu; mais je n’ai pris conscience de cela que bien plus tard. Beaucoup d’autres venaient de milieux comparables au mien, mais ils ont choisi un mode de vie parfaitement destructeur.

Sept mois plus tard, j’ai emménagé dans un appartement près de l’Université de Chicago. Au “Centre Newman” j’ai fait connaissance avec beaucoup de religieuses et de prêtres. Beaucoup d’entre eux quittaient leur ordre religieux; d’autres y restaient, mais en s’attachant à des définitions fort diverses de “la vérité”. On célébrait la messe sur de petites tables de salon, et là, on communiait; “l’évangile social” était dans le vent, et nous vivions sous la bannière de “l’égalité raciale”. Personne ne savait ce qu’il croyait réellement, ni où il allait. L’essentiel était de “se dévouer à une cause”; les principes moraux étaient jetés aux orties. Pendant tout ce temps, je savais bien que je ne reviendrais jamais au couvent: j’ai donc définitivement renoncé à mes vœux et à mon ordre religieux.

Le mariage

Quand je repense à tout ce que j’ai traversé au cours de ces années à Chicago, je m’émerveille de la protection que m’a accordée le Seigneur. Il a pris soin de moi alors que j’habitais à Hyde Park, un quartier où se mêlaient toutes les ethnies au plus fort des tensions raciales; il m’a gardée des “surprise-parties” à l’Université de Chicago, d’un raz-de-marée de dévergondage, de la drogue, et de “philosophies” bizarres prônées par des drogués et des gens séduits. Un peu partout, c’était le dérèglement. Dans cet environnement-là, j’ai quand même côtoyé quelques hommes relativement solides, puis j’ai rencontré mon futur mari, Bernie, un ancien séminariste. C’était au début des années soixante-dix, et j’avais vingt-cinq ans. A cause des antécédents de l’un et de l’autre, nous avions beaucoup en commun. Nous nous sommes fréquentés pendant quelques semaines seulement avant d’envisager de nous marier. Cependant, nous avons pris un an pour faire la connaissance de nos familles respectives dans l’Ohio et le Wisconsin, et nous avons préparé notre mariage avec soin.

Pour la cérémonie, nous n’avons pas choisi ma paroisse familiale, mais celle où j’avais enseigné pendant un an alors que j’étais encore au couvent. La Supérieure de mon ancienne école était présente, ainsi que la veuve de George, et certaines collègues d’autres établissements où j’avais exercé. Bernie et moi avions tous deux une haute idée de la famille; nous avons décidé de nous installer au Michigan, à une journée de route de chez nos parents respectifs. Là, nous avons fondé notre famille et pendant cinq ans et demi, nous avons participé avec zèle aux activités de la paroisse St. Peter.

Un temps d’épreuve

Une de nos filles avait deux ans, et l’autre avait quatre mois quand on a diagnostiqué chez ma mère une tumeur inopérable au cerveau. Je faisais de fréquents allers et retours entre le Michigan et l’Ohio. Il fallait faire un gros effort d’organisation, et mon mari se retrouvait alors avec deux fois plus de travail que d’habitude. Moins de six mois après le diagnostic, ma mère est décédée. Un an plus tard, j’étais enceinte de notre troisième enfant quand ma sœur a téléphoné pour annoncer qu’elle avait retrouvé mon père sans vie dans son lit: il devait déjeuner chez elle ce jour-là, mais n’était pas venu. Tout au long de cette période éprouvante, Bernie a été mon soutien, par la grâce du Seigneur.

Six mois après la mort de mon père, nous avions déménagé dans la région de Milwaukee. Au cours des six mois suivants, la mère de Bernie a dû subir une opération à cœur ouvert; pendant l’intervention, elle a eu un accident vasculaire cérébral entraînant une paralysie partielle. Peu après, notre troisième fille est venue au monde. A deux reprises Bernie a dû changer d’emploi dans des conditions difficiles. Nous avions l’impression de vivre un bouleversement permanent. J’ai occupé plusieurs emplois à temps partiel, dont le poste de directrice des écoles dans une grande paroisse de notre banlieue. On m’a alors initiée à ce qu’on nomme “la clarification des valeurs” (en anglais, “values clarification”, technique pédagogique destinée à amener un groupe à accepter l’idée que les diverses opinions se valent, et qu’il n’existe pas d’absolus, en particulier sur le plan moral.) C’était là une rupture avec la morale stricte et avec la doctrine catholique: nous recourions donc moins souvent au sacrement de confession. Une confusion croissante s’est installée, due à ces pratiques et à l’enseignement de plus en plus libéral dispensé par des hommes tels que Daniel Maguire, de l’Université Marquette, et l’Archevêque Rembert Weakland.

Parfois je critiquais ces nouvelles tendances; en d’autres circonstances, j’y voyais un progrès. Adopter ces idées nouvelles donnait l’impression d’être “dans le coup”. Nous avons fait baptiser nos trois filles; elles ont fait leur première communion, et ont été initiées au “sacrement de réconciliation” (remplaçant celui de “la confession des péchés” tombée en désuétude dans notre paroisse). Pendant les onze années où nous avons été membres de cette paroisse, je faisais la classe et je rédigeais des manuels de catéchisme catholique ou des cours de religion.

Le déracinement

Au cours des trois derniers semestres, Bernie et moi avons assuré ensemble, chez nous, des cours de préparation à la confirmation pour collégiens. Paradoxalement, Dieu a utilisé ce programme et le responsable de ces cours pour poser les fondements qui allaient détruire nos racines catholiques profondes. Le jour où ce responsable nous a remis une Bible catholique, à nous et à chacun de nos élèves, il ne se doutait pas qu’il nous offrait bien plus qu’un outil pédagogique: c’était un instrument de libération. Dès lors, nous avons commencé à étudier la Parole de Dieu.

Le manuel accompagnant cette Bible n’enseignait pas la doctrine catholique, mais l’évangile social, un système de “bonnes œuvres” censées constituer un processus de sanctification pour “chrétiens”. Les homélies relevaient de la même tendance. Nous avons tenté d’expliquer notre souci au prêtre de la paroisse, mais en vain. En discutant avec nous, les élèves soulevaient de graves questions morales, mais nous ne pouvions présenter aucun fondement spirituel solide permettant de les aider à prendre des décisions. Alors une fois de plus, la grâce de Dieu nous a conduits vers la Bible. Etant de moins en moins à l’aise avec ce programme apparemment catastrophique, j’ai voulu revenir à une position plus conservatrice. Nous tenions à transmettre à nos élèves, comme à nos propres filles, une haute idée de la famille et de solides bases morales, mais notre église paroissiale ne nous soutenait plus.

Notre aînée, Laura, suivait des cours de confirmation avec un autre couple. Elle aussi était troublée par cet enseignement, et par le fait que ses camarades rejetaient toute morale traditionnelle. En même temps, les écoles publiques que fréquentaient nos trois filles dispensaient des cours d’éducation sexuelle dans une optique libérale. Mon souci à ce sujet m’a amenée à rencontrer bon nombre de nouveaux amis aux convictions fermes, qui savaient ce qu’ils voulaient pour leurs enfants. Pour eux, il était hors de question de renoncer à leurs convictions pour “être de leur temps”. Avec ce groupe, nous nous avons participé à une lutte ardue en faveur de nos enfants; pour Bernie et moi, ce fut l’occasion d’étudier la Parole de Dieu de plus en plus sérieusement.

La vérité immuable

Nous avons été invités à participer à des études bibliques et à des groupes de prière: Bernie et moi avons alors pris conscience de l’autorité de la Parole de Dieu. Pour notre groupe de confirmation, Bernie a proposé des cours fondés sur la Bible et sur le Credo de Nicée, et le responsable a donné son accord. Abandonnant le programme qui ne proposait que des concepts flous et des discussions vaines, nous avons préparé une série d’études bibliques faisant ressortir les principes immuables de Dieu. Parfois certaines questions nous dépassaient, et nous avions alors recours à la compétence de nos nouveaux amis chrétiens. L’un d’eux est venu parler de l’autorité de la Parole de Dieu, et un autre a apporté une mise en garde au sujet de l’occultisme et du satanisme. Ils n’étaient ni prêtres ni religieux; c’étaient des “laïcs” qui connaissaient l’Ecriture et vivaient en conformité avec elle.

Je ne saurais dire quel jour exactement j’ai reconnu et reçu Jésus-Christ comme mon Sauveur, mais la vérité de sa Parole avait déjà pénétré en profondeur dans ma vie en 1989. Au mois de juin de cette année-là, j’ai mis en pratique les sages conseils de celui qui serait plus tard le pasteur de notre première église locale: “Femmes, que chacune soit de même soumise à son mari, afin que, si quelques-uns n’obéissent point à la parole, ils soient gagnés sans parole par la conduite de leur femme” (1 Pierre 3:1). J’ai demandé à Bernie la permission d’aller au culte dans une église fidèle à la Bible. Il a dit oui!

A ce moment-là, nos filles avaient respectivement quinze, treize, et onze ans. Je savais que ma décision soulèverait des questions, et je m’inquiétais des répercussions possibles sur l’unité de notre famille. Pendant presque tout cet été-là, nous avons fréquenté en même temps une église catholique et une église chrétienne. A ma demande, Bernie m’a accompagnée dans cette église le jour de mon anniversaire. Le fait qu’il m’ait permis d’y aller, puis qu’il m’y ait accompagnée montre bien que Dieu était à l’œuvre, intervenant concrètement dans notre existence.

Un autre exemple frappant survint au début de l’été, un dimanche où je me sentis soudain incapable de communier pendant la messe catholique. J’eus vivement conscience qu’il ne pouvait pas s’agir du “vrai” corps et du sang de Jésus comme l’enseigne l’Eglise catholique. C’était une conviction aussi bouleversante que profonde, une question de foi. J’aurais été hypocrite en m’avançant pour participer. J’ai compris que “manger le corps et boire le sang” au sens biblique, c’était tout autre chose: cela consistait à être identifié à Jésus-Christ. Comment donc pouvais-je  croire qu’il était présent en moi au moment de la communion, mais non le reste du temps ? Comment accepter quelque chose d’aussi magique, d’aussi mystérieux? On disait que les paroles du prêtre avaient la puissance de transformer le pain et le vin en corps et en sang du Christ, mais cela revenait à nier l’efficacité de l’œuvre de la croix. Jésus avait dit: “Tout est accompli” (Jean 19:30).

Nous participons au pain et au vin en mémoire de ce qu’il a accompli. Il nous a commandé: “Faites ceci en mémoire de moi” (Luc 22:19).

Je n’arrivais plus à prononcer les prières de la messe. A quoi bon continuer d’offrir un sacrifice? “Il peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur…[Il] n’a pas besoin… d’offrir chaque jour des sacrifices,… car ceci il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même” (Hébreux 7:25, 27). La messe, qu’on appelait “un sacrifice non sanglant”, contredisait l’enseignement de l’Ancienne comme de la Nouvelle Alliance, car “sans effusion de sang il n’y a pas de pardon.” (Hébreux 9:22). Jésus a “offert un seul sacrifice pour les péchés… et par une seule offrande il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés” (Hébreux 10: 12, 14). Le voile qui fermait le lieu très saint a été déchiré de haut en bas, et l’homme a eu dès lors accès au trône de Dieu.

A ce moment-là, dans notre famille, cette révélation au sujet de la communion a suscité plus d’un échange spirituel animé. Ce genre de conversation était tout à fait nouveau pour nous; incontestablement, la puissance de la Parole de Dieu accomplissait une révolution spirituelle dans nos vies, en nous éclairant sur la Personne et la puissance du Seigneur Jésus-Christ.

En août, nous avons cessé d’aller à la messe, considérant qu’elle niait la pleine suffisance de l’œuvre parfaite du Calvaire. Nous avons renoncé aux liturgies, aux rituels, à la communion hebdomadaire, à nos contacts habituels. Ni nos familles respectives, ni nos amis catholiques ne comprenaient ce qui se passait; nous agissions pourtant avec une pleine conviction. A notre grand étonnement, quand nous avons parlé au responsable de l’enseignement religieux de notre ancienne paroisse, il nous a quand même demandé de prendre le groupe de confirmation pendant un an de plus, car, disait-il, “les bons enseignants ne courent pas les rues”, et le groupe voulait continuer à travailler avec nous.

A Noël, nous avons écrit à notre famille et à nos amis pour les mettre au courant de notre conversion. Bouleversés, ils ont réagi avec colère et ils ont pris leurs distances, ce qui nous a peinés. “Et quiconque aura quitté, à cause de mon nom, ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, ou ses maisons, recevra le centuple, et héritera la vie éternelle” (Matthieu 19:29). Que de fois j’avais entendu citer ce verset à propos de la vie conventuelle; mais maintenant, il prenait tout son sens!

Me sentant encore incapable d’expliquer clairement le chemin du salut, j’ai invité une chrétienne à venir chez nous pour en parler à nos filles. Ce fut la première occasion pour Allison, notre cadette, d’entendre l’Evangile. Laura, notre fille aînée, m’a montré une page de son journal, datant du jour où elle avait reçu Jésus-Christ comme son Sauveur plus d’un an auparavant. Dans son collège, elle avait un cercle d’amies chrétiennes, et elle étudiait régulièrement la Bible. Par la suite, notre deuxième fille, Sarah, nous a dit qu’elle avait entendu annoncer l’Evangile dans un camp de vacances deux ans plus tôt. Elle avait cru à l’œuvre de Jésus en sa faveur, mais sa vie n’avait guère changé, car une fois le camp terminé, elle n’avait pas été enseignée dans la Parole de Dieu.

Notre conversion

L’intervention divine qui nous a conduits tous les cinq à quitter le catholicisme est parfaitement miraculeuse. La conversion par laquelle on devient chrétien est un miracle. Après avoir passé plus de quarante ans dans l’Eglise catholique, après avoir pratiqué assidûment tous ses rituels et reçu une formation religieuse très sérieuse, je n’étais pas parvenue à la connaissance de l’Evangile. J’étais une pécheresse, irrémédiablement perdue, ne connaissant pas le remède parfait que Dieu nous offre: “Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures; il a été enseveli, et il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures” (1 Corinthiens 15:3-4). Voilà le moyen par lequel Dieu m’a sauvée: il n’y en a pas d’autre. Pour obtenir le pardon et la grâce, on ne peut absolument rien ajouter à l’œuvre de Jésus-Christ, et on ne peut pas non plus la reproduire. Dieu nous avait préparés: il nous avait attirés à lui par sa Parole, la Bible, et non par des traditions et des institutions religieuses.

Notre baptême biblique

Notre cheminement spirituel en tant que famille nous a conduits à demander le baptême par immersion en mai 1993. Sachant que contrairement à ce qu’enseigne le catholicisme, le baptême par lui-même n’ôte pas les péchés, et ne sert pas à établir une relation avec Dieu, nous avions cru à un moment donné, que nous n’aurions pas besoin de nous faire baptiser. La première église chrétienne que nous avions fréquentée baptisait les petits enfants dans le contexte d’une “alliance familiale”. Nous avons remis en question cette pratique que l’Ecriture ne cautionne pas. En 1993, Bernie et moi avons fait la connaissance d’un pasteur de la Caroline du Nord. Il nous a démontré, par l’Ecriture, que le baptême est une question d’obéissance, et qu’il importe de donner ce témoignage public. Une fois de plus, le Seigneur nous formait indépendamment de notre église locale; il nous montrait l’autorité de sa Parole. Nous devions “examiner chaque jour les Ecritures” (Actes 17:11). Nous avons partagé avec nos filles ce que nous venions d’apprendre. Nous avons découvert que notre aînée, Laura, maintenant étudiante à l’Université de Pennsylvanie, désirait le baptême et priait à ce sujet depuis un voyage missionnaire qu’elle avait fait l’été précédent. Après avoir prié et étudié la Parole de Dieu, nos deux autres filles, Sarah et Allison, ont également demandé le baptême. Nous nous sommes préparés en famille et avons écrit nos témoignages respectifs. Nous avions tous compris qu’il était capital de témoigner publiquement de notre conversion et de l’appel adressé par le Seigneur à chacun d’entre nous.

Notre marche par la foi

Notre histoire va se poursuivre jusqu’au jour où le Seigneur nous prendra chez lui. Dieu agit dans ma vie et dans ma famille, car nous sommes engagés dans la prière, dans l’étude de la Parole, dans la communion fraternelle, et nous voulons obéir aux directives qu’il nous donne au quotidien. La question du salut éternel est réglée, et notre certitude à ce sujet est pour nous source de paix, d’espérance et de joie. La coupure pénible, et le rejet que nous avons connus au sortir de l’Eglise catholique se sont atténués avec le temps, mais n’ont pas entièrement disparu, car nos parents proches comme nos parents éloignés sont tous encore catholiques. Connaissant la vérité, nous désirons de tout cœur le salut de ces bien-aimés. Dans nos échanges avec les membres de la famille, nous parvenons rarement à aborder la question de l’éternité.

Après avoir quitté la première église chrétienne dont nous avions fait partie, nous avons vécu à nouveau une sorte de traversée du désert. Certaines relations nous ont déçus. Nous étions peinés par les désaccords sur certaines interprétations de la Bible et sur la manière de la mettre en pratique. Cependant, le Seigneur nous a toujours gardés dans sa paix. Il nous a permis de trouver des réponses à nos questions. Nous avons compris que pour être membre de la véritable église, il fallait être “né de nouveau” selon l’enseignement de Jésus en Jean 3:5. Plus tard, au temps de Dieu, nous avons trouvé une église locale qui pouvait nous équiper pour le service du Seigneur, et où le pasteur annonçait tout le conseil de Dieu selon la Bible. Dieu a donné cette Bible pour que nous la lisions et la comprenions: le seul obstacle était notre paresse, ou notre résistance au Saint-Esprit qui désire nous enseigner toutes choses (Jean 14:26). Dieu a mis sur notre chemin des personnes fidèles et des pasteurs capables de nous encourager et de nous soutenir; quand il les a écartés, Christ a toujours été pleinement suffisant.

Nous apprenons à discerner entre la Parole de Dieu les traditions humaines: cela fait partie de notre mode de vie à présent. Nous reconnaissons que les principes divins ne changent pas au fil du temps, et que la vérité de Dieu est absolument digne de confiance. Oui, ce siècle qui est le nôtre nous met parfois sévèrement à l’épreuve: mais dirigés par la Parole de Dieu, nous connaissons la stabilité et l’espérance. Jésus-Christ est la Parole vivante de Dieu, et cette Parole est la vérité. Lorsque ma vie ne reflète pas la victoire du chrétien, c’est que je n’ai pas su puiser dans les ressources qui sont sans cesse à ma disposition en Christ.

En résumé

Un chrétien, quel qu’il soit, témoigne de l’œuvre que Jésus-Christ a parfaitement achevée en mourant, en étant mis au tombeau, et en ressuscitant. Accepter cette œuvre par la foi est la seule condition nécessaire au salut. Cependant le récit de chacun est unique, tout comme l’individu est unique, parce que dans chaque cas, Dieu tend la main à l’individu exactement à l’endroit où ce dernier se trouve. Je suis reconnaissante pour les racines profondes du catholicisme dans ma vie, reconnaissante d’avoir eu des parents qui m’ont donné la vie physique, un foyer, et une formation morale solide. Mais c’est Dieu qui dans sa sagesse infinie “fait que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein” (Romains 8:28). Son dessein est de choisir, d’appeler, de justifier, et de sanctifier, afin que nous soyons “semblables à l’image de son Fils” (Romains 8:29). Je m’émerveille devant les voies de notre Dieu, qui m’a transformée après quarante-quatre ans de catholicisme, m’a libérée de l’esclavage dans un système religieux tout pétri de traditions humaines, pour me faire entrer dans la liberté d’une relation avec Jésus-Christ. Que dire, sinon que la grâce de Dieu est extraordinaire! C’est sa grâce qui a sauvé sa servante, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de moi, mais c’est le don de Dieu, afin que personne ne se glorifie. Car je suis son ouvrage, ayant été crée en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que je les pratique (Voir Ephésiens 2:8-10).

Deux ans après

Deux ans ont passé depuis la rédaction du témoignage ci-dessus. Deux constantes me viennent à l’esprit quand je veux évoquer notre vie au jour le jour dans le Seigneur: la fidélité de Dieu, et le besoin qui est le nôtre de rester vigilants, afin d’aligner constamment notre vie sur sa Parole. Certes, dès l’instant où nous mettons notre foi en Christ, nous sommes délivrés de la punition du péché; le Père nous accepte en Christ, et nous revêt de sa justice parfaite. Cependant nous devons lutter chaque jour pour marcher par l’Esprit et ne pas accomplir les œuvres de la chair (voir Galates 5:16). Quand vient la tentation, l’épreuve, le test, le Saint-Esprit nous rappelle les passages de la Bible que nous avons étudiés. La grâce de Dieu pourvoit à tous nos besoins en toute circonstance et nous permet, par la puissance de l’Esprit, de faire ce qu’il commande et de croître dans la sainteté. Toujours, sa grâce suffit; et Dieu suscite ce qui serait impossible en-dehors de lui: “Efforce-toi de te présenter devant Dieu comme un homme éprouvé, un ouvrier qui n’a point à rougir, qui dispense droitement la parole de vérité” (2 Timothée 2:15).

Chaque membre de notre famille se livre constamment à une étude personnelle de la Parole de Dieu, et le fruit en est l’unité entre nous, avec une force qui va croissant à mesure que les pressions extérieures augmentent. Nos filles ont respectivement vingt-quatre, vingt-deux, et dixneuf ans. Elles connaissent la stabilité grâce à la vérité immuable de Dieu, alors que la société autour de nous se laisse aller à la futilité, à l’égocentrisme, et tend à cautionner n’importe quoi.

Mon mari Bernie est le chef spirituel de notre famille, et il cherche à nous guider dans la sagesse que lui donne sa connaissance de la Parole de Dieu. Chaque semaine, il dirige une étude biblique pour hommes, et il organise chaque mois un week-end d’études bibliques, ouvert à tous, avec des pasteurs enseignant la Parole de Dieu dans la “Duluth Bible Church”. Nos décisions quotidiennes, nous les prenons à la lumière de notre compréhension croissante des plans de Dieu, notre conviction étant que le chrétien doit faire toutes choses dans le but de glorifier le Seigneur.

Dans ma propre vie, j’apprends à devenir ce qu’une femme doit être dans sa maison, et à seconder mon mari en pratiquant l’hospitalité, en participant à la communion fraternelle avec d’autres chrétiens, tout en saisissant les occasions de témoigner auprès des incroyants. Nos enfants ont atteint l’âge adulte, mais mon travail hors de chez moi vient nettement en second lieu, après ce rôle si noble que Dieu a désiré pour la femme.

En apprenant moi-même à mieux connaître la Parole de Dieu, j’ai eu l’occasion d’aider d’autres personnes à la découvrir et à la pratiquer. J’ai aussi participé, dernièrement, au ministère “Berean Beacon” en faveur des Catholiques. Ces activités sont pour moi de grandes bénédictions. Un chrétien qui se soumet à la volonté de Dieu connaît, de ce fait, une vie “naturellement” équilibrée; son existence reflète la joie, la paix, et elle porte du fruit.

Connaître la volonté de Dieu pour y conformer sa vie, c’est se laisser interpeller quotidiennement. Si nous lui faisons sans cesse confiance dans toutes ses voies, nous lui resterons fidèles. “Confie-toi en l’Eternel de tout ton cœur, et ne t’appuie pas sur ta sagesse; reconnais-le dans toutes tes voies, et il aplanira tes sentiers” (Proverbes 3:5-6). C’est vrai, ma famille et moi  avons grandi dans le Seigneur; mais nous avons également connu des échecs. Plus d’une fois, nous avons échoué et fait de mauvais choix. Mais Dieu pourvoit: si nous confessons nos fautes, il nous restaure aussitôt dans la joie de la communion avec lui, et nous nous remettons en route. “Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité” (1 Jean 1:9).

Ma prière, c’est que tous ceux qui liront ce témoignage soient attirés vers Jésus-Christ et le connaissent. C’est lui qui est la Vérité, et cette Vérité libère chacun pour lui faire connaître la vie abondante non seulement sur la terre, mais encore pour toute l’éternité (voir Jean 10:10). “Ce n’est pas à dire que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes. Notre capacité, au contraire, vient de Dieu” (2 Corinthiens 3:5). “Et Dieu peut vous combler de toutes ses grâces, afin que, possédant toujours en toutes choses de quoi satisfaire à tous vos besoins, vous ayez encore en abondance pour toute bonne œuvre” (2 Corinthiens 9:8).

“Or, à celui qui peut vous préserver de toute chute, et vous faire paraître devant sa gloire irréprochables et dans l’allégresse, à Dieu seul, notre Sauveur, par Jésus-Christ notre Seigneur, soient gloire, majesté, force et puissance, dès avant tous les temps, et maintenant, et dans tous les siècles! Amen! (Jude 24-25)